04/03/2021

De demandeuse d’emploi à créatrice d’entreprise

Témoignages
De demandeuse d’emploi à créatrice d’entreprise

Pauline Ber : un passage de demandeuse d’emploi à créatrice d’entreprise.

Après une carrière à l’international, Pauline Ber, 33 ans, a décidé de revenir dans son Vaucluse natal pour créer, en 2019, une savonnerie artisanale. Sans emploi mais motivée, la jeune femme nous raconte son parcours d’entrepreneure. Portrait.

Toujours entre deux avions, de l’Espagne à l’Allemagne en passant par les Bahamas, la Hongrie et le Canada. Pendant sept ans, de 2010 à 2017, Pauline Ber, croupière dans des tournois internationaux de poker, a parcouru le globe. « Quand j’ai commencé dans ce milieu, j’avais 23 ans. Cela me plaisait de voyager tout le temps. Mais je me suis lassée de cette vie de bohème sans vrais liens professionnels. En 2017, j’ai décidé de poser ma valise et de rentrer dans le Vaucluse. » Elle s’accorde un temps de réflexion, part plusieurs semaines à Bali, et y découvre une île polluée, jonchée de déchets plastiques. Sa conscience écologique se réveille. « J’ai eu un électrochoc. A mon retour, j’ai décidé d’agir, de mieux consommer, de moins jeter. Et surtout de boycotter le chimique, le synthétique et l’aseptisé en faisant quelque chose à mon échelle. »

« L’entrepreneuriat était la meilleure des solutions » 

Elle commence à confectionner ses propres savons dans sa cuisine. « J’ai visionné plus de 1 000 tutos en ligne. Au bout de quelques semaines, mes savons ressemblaient enfin à quelque chose, plaisante-t-elle. Je les ai testés auprès de mes proches, l’accueil a été très positif. » L’idée de créer une entreprise de savonnerie avec des produits locaux et un procédé ancestral de saponification à froid fait progressivement son chemin dans l’esprit de Pauline. « J’étais sans emploi, il fallait aussi que je gagne ma vie. L’entrepreneuriat m’a semblé la meilleure des solutions pour me remettre un pied à l’étrier. »

« Sans le soutien de professionnels, je serai passée à côté des aides qui me permettent de vivre… » 

Pauline se renseigne à droite et à gauche, surfe sur internet, fouille et découvre l’Adie, une structure d’accompagnement à la création d’entreprise pour les personnes en difficulté, n’ayant pas accès aux financements bancaires classiques. « Ma situation personnelle était compliquée. J’étais demandeuse d’emploi mais comme j’avais travaillé à l’étranger plusieurs années auparavant, je ne pouvais pas prétendre aux aides financières, ni aux formations proposées par Pôle emploi et destinées aux chômeurs-créateurs. » L’Adie la conseille, l’oriente et lui accorde un microcrédit de 8 000 euros. Elle suit en parallèle le stage de préparation à l’installation (SPI) et s’immatricule au registre  du commerce en juillet 2019 sous le statut d’auto-entrepreneure. « J’ai été bien conseillée : il le fallait car j’étais un peu perdue face aux démarches obligatoires et nécessaires pour créer une entreprise et à ma situation très particulière. J’ai pu obtenir le RSA (revenu de solidarité active), la prime pour l’emploi et l’Acre (Aide à la création ou à la reprise d'une entreprise), une exonération de charges sociales sur trois ans. Sans le soutien de professionnels de la création d’entreprise, je serai passée à côté de ces dispositifs financiers qui me permettent de vivre le temps de la montée en charge de mon activité. »

« J’avais besoin de fonds supplémentaires »

Pour financer sa première production, Pauline lance, pendant l’été 2019, une campagne de financement participatif  sur la plateforme Tudigo. Elle récolte 2 600 euros auprès de 27 donateurs. « J’avais besoin de fonds supplémentaires pour acheter les matières premières à des petits producteurs d’huiles, équiper mon atelier de fabrication et financer mes emplacements sur les marchés. » Elle se lance, réalise des centaines de savons aux huiles essentielles de lavande, de verveine et des shampoings solides qu’elle vend principalement sur les marchés et dans les salons spécialisés en bien-être. L’activité monte progressivement en puissance : 800 savons et 300 shampoings vendus en six mois et 7 000 euros de chiffres d’affaires sur l’exercice 2019.

« J’ai transformé mon autoentreprise en SAS » 

Ce début en douceur prend un nouveau tournant en 2020 avec la création d’un site de vente en ligne et le dépôt de la marque, Saule Cosmétique, à l’Inpi. « Entre la fabrication, les déplacements sur les marchés, la conception du site ; je ne m’en sortais plus toute seule. Je me suis associée avec Soraya M’Hadji, une amie, ex-avocate, et j’ai transformé mon auto-entreprise en SAS (société par actions simplifiée) en juillet 2020. »
Un choix assumé pour donner à l’entreprise l’opportunité de grandir et de se développer. La gamme est passée de 4 à 13 produits (exfoliant, crème, baume à lèvres…) et malgré la Covid-19, la petite affaire a doublé son chiffre d’affaires sur le dernier semestre 2020 pour atteindre 14 000 euros. Pour autant, Pauline Ber reste prudente. « Entreprendre m’a permis de sortir la tête de l’eau et de m’épanouir. » Mais cela reste une aventure de tous les jours, encore à construire », explique la trentenaire qui ne se rémunère toujours pas. « Il faut en moyenne trois ans à une entreprise pour devenir rentable et permettre une rémunération à ses créateurs. Avec mon associée, nous avons ces échéances en tête. » Les deux jeunes femmes se laissent encore du temps, convaincues que la réussite est à leur portée.

L’Adie est l’un des partenaires de #LancezVous