15/07/2019

"Mompreneur" : une boîte et des enfants d'abord !

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"Mompreneur" : une boîte et des enfants d'abord !
Elles passent leur congé mat' penchées sur un business plan pour au final accoucher d'un beau bébé et souvent d'un beau projet. Dans la foulée, elles montent leur boîte et gèrent leurs deux vies d'une main de maître. Elles, ce sont les "mompreneurs". Des femmes qui, avec l'arrivée des enfants, décident de mieux concilier leur vie professionnelle et leur vie personnelle. Pour cela, elles créent leur petite entreprise et deviennent des femmes entrepreneurs.

Les mompreneurs, c'est qui ?

Tout a débuté aux États-Unis à la fin des années 1990 où les femmes qui faisaient de belles carrières, avaient donc tardivement des enfants et rencontraient des difficultés à réintégrer leur job d'avant, faute d'articulation possible entre leur nouvelle vie de famille et leur boulot. Pour gagner en souplesse dans l'organisation de leurs temps de vie, elles se sont lancées dans l'entrepreneuriat, souvent depuis chez elles et avec des projets de création d’entreprise liés aux problématiques rencontrées par les jeunes parents. D'où l'expression mompreneurs (ou mumpreneurs ou encore mampreneurs).

Ce phénomène s'est fortement développé dans les pays européens, dont la France, où l'accompagnement à la maternité est fort et où il est possible de prolonger son absence par un congé parental. Les mompreneurs peuvent avoir jusqu'à 3 ans de congé pour tenter de lancer un projet. Si ça ne décolle pas, elles ont un parachute et peuvent réintégrer leur ancienne entreprise, explique Viviane de Beaufort, professeure à l'Essec, directrice du Women EMPOWERMENT- Essec dont le Club Génération Startuppeuse.

Entrepreneuriat féminin : sur quels créneaux se lancer ?

Au début, il est vrai que les projets tournaient essentiellement autour de la maternité, de l'enfant… bref du statut de jeune maman.

Durant leur grossesse ou leur congé parental, elles identifient un manque sur un secteur et lancent un produit ou un service visant à combler ce vide. Mais aujourd'hui, on a dépassé le stade de la petite enfance parfois un peu saturé. Ce sont des business à part entière. On a des femmes qui avaient une vie professionnelle avant leur maternité et qui vont se servir de ces compétences pour créer leur entreprise autour, observe Stéphanie Benlemselmi, auteure d’ouvrages pratiques destinés aux femmes entrepreneurs et CEO de l’organisme de formation ARH Conseil.

Ces business plus classiques fonctionneraient d'ailleurs mieux que les premiers.

Comment mettre à profit votre congé parental pour vous lancer ?

Le congé parental est effectivement le moment idéal pour mûrir et faire avancer votre projet. Profitez-en pour vous former. Lorsque l'on crée une entreprise, il faut d'emblée avoir des réflexes professionnels. Allez chercher des formations à l'entrepreneuriat, au marketing… dans les réseaux féminins et/ou mixtes, dans les écoles, dans les associations de mompreneurs, insiste Viviane de Beaufort. Une formation donnera du crédit à votre projet qui, au départ, aux yeux de votre entourage, peut parfois passer pour une lubie.

Quel est le statut juridique favori des mompreneurs ?

Vous êtes nombreuses à opter pour une microentreprise plutôt que pour une société de type SAS, SARL, etc.

Elles sont en général effrayées par les formalités administratives, le capital à apporter, l'investissement… Du coup, elle lance une activité et pas une entreprise. En fait, se lancer comme micro-entrepreneuse n'est pas gênant mais cela doit vous servir à tester votre marché afin d'évoluer vers une société, recommande Viviane de Beaufort.

Consultez notre article sur la création d’entreprise et le choix des différents statuts juridique.

Comment faire connaître votre entreprise ?

Pour vous, mompreneurs, comme pour les autres créateurs d'entreprise, la communication autour du projet est un facteur clé de réussite.

Mobilisez les réseaux sociaux comme Facebook, Twitter et autres réseaux professionnels en ligne pour faire communiquer sur votre activité. C’est un passage obligé. Selon votre activité, faites-vous également connaître des Youtubeurs et blogueurs influents, recommande Stéphanie Benlemselmi.

Évidemment si votre projet d’entreprise est abouti, rédigez un communiqué ou encore un dossier de presse en vous présentant comme une vraie entreprise à succès. Et pas comme une activité en devenir. Ayez confiance ! La stature, l’attitude, le comportement marquent votre positionnement d’entrepreneure et garantissent votre légitimité professionnelle nouvelle.

Comment les femmes entrepreneures envisagent-elles leurs finances au démarrage ?

Ces mères entrepreneuses ont encore plus que les autres créatrices d'entreprise une aversion au risque. Leur priorité est de mettre leur famille à l'abri. Pas question de brûler l'argent du foyer pour lancer son activité.

Elles sont d'abord réticentes à l'idée de ponctionner l'argent du ménage pour leur activité. Ensuite, elles ont peur de s'endetter. Enfin, elles sont persuadées que les banquiers ne les écouteront pas, regrette Viviane de Beaufort. Or, à viser trop petit, vous risquez tout simplement de vous couper les ailes.

Il faut se donner les moyens de ne pas tout faire toute seule. Et pour cela, partir avec un compte courant professionnel correctement provisionné sans pour autant faire de folie, ajoute-t-elle.

Se priver d'une étude de marché européenne car vous n'aurez pas souhaité investir un euro dans cette prestation peut par exemple s'avérer fatidique. En effet, avec le développement d’e-commerce, votre principal concurrent se trouve peut-être en Allemagne, en Angleterre… Donc, identifiez vos points faibles (marketing, droit, comptabilité, etc.) et acceptez de dépenser un peu d'argent pour asseoir les bonnes bases de votre projet.

Il est aussi primordial d’investir dans la communication, surtout au démarrage, appuie Stéphanie Benlemselmi. Avoir un site web - avec un bon référencement et des visuels de qualité professionnelle - est une véritable stratégie de développement. Personne ne s’attarde sur un prestataire qui donne une image bas de gamme. L’habit fait le moine ! 

Comment financer votre entreprise ?

L'argent, le nerf de la guerre. Si vous ne croulez pas sur des fonds propres, vous avez la possibilité de mobiliser plusieurs canaux de financement. Le plus classique : le crédit bancaire. Pensez également au système de "love money". Il ne faut pas hésiter à solliciter votre entourage familial et amical pour lever des fonds.

  • Les plateformes de prêts entre particuliers,
  • les plateformes de prêts en ligne,
  • le crowdfunding (lorsqu’on est prêt à faire une vraie campagne de communication même avec les moyens du bord)

sont aussi d'excellents moyens pour amorcer puis développer un projet d’entreprise. Enfin, n'oubliez pas de cibler et de postuler aux nombreux concours dédiés à la création d'entreprise au féminin (ou pas) comme Affaires de femmes (AkBusiness), à Nancy, qui propose un concours des entrepreneuses plurielles au niveau national et soutenu par la Fondation Deloitte.

Mompreneur : comment articuler vos vies pro et perso ?

Se lancer comme mompreneur suppose souvent un début d'activité en "home office". Autrement dit, à domicile.

La priorité absolue est d'accepter de faire garder vos enfants afin d'avoir des moments de travail de qualité. Par exemple pour passer vos coups de fil, pour des rendez-vous clients, fournisseurs. Il faut donc anticiper un mode de garde si vos enfants ne sont pas encore scolarisés, conseille Stéphanie Benlemselmi (1).

Bloquez-vous une à deux journées par semaine pour tavailler à 2 000 % sur votre projet. Vous travaillerez sans doute beaucoup le soir et la nuit, mais attention, les contacts professionnels ne sont pas toujours joignables à ces moments-là.

Associez aussi les enfants à votre projet en précisant que vous travaillez à la maison et qu'il y a des créneaux horaires durant lesquels vous ne pouvez pas être dérangée dans votre bureau. Vous pouvez aussi les faire participer à des tâches comme la préparation du courrier, les coups de tampons s'ils en l'ont l'âge. En 'travaillant' eux-mêmes, ils comprendront que vous avez besoin de calme et seront moins pressés et moins enclins à revenir à la charge pour que vous vous occupiez d'eux. Cependant, il est important de prendre conscience que chaque journée sera différente, même avec une organisation sans faille. , ajoute-t-elle.

Même avec une organisation bien anticipée, vous aurez toujours des aléas à gérer (maladie, enseignant absent…). Donc laissez-vous toujours une soupape de sécurité pour les tâches à accomplir. Et puis parfois, vous devrez peut-être assurer un rendez-vous avec vos enfants.

Je me suis retrouvée un jour sans nourrice avec un rendez-vous important à honorer impossible à annuler. J'ai donc embarqué le cosy et expliqué la situation à mon interlocuteur. À ce propos, bizarrement les hommes sourient plus facilement de ce type de situation et sont plus compréhensifs que les femmes, illustre Stéphanie Benlemselmi. Vous voilà au parfum.

Bien vous entourer, une priorité.

On vient de le voir plus haut, faire appel à des professionnels pour vous lancer est un impératif. L'entourage familial est aussi un facteur clé de réussite.

Le conjoint, le compagnon, la compagne… doit être impliqué dans le projet et ne pas considérer qu'il s'agit d'un passe-temps, mais au contraire d'un vrai enjeu professionnel nécessitant du temps et une certaine liberté d'agir, argumente Viviane de Beaufort.

Vous devez également vous entourer de "pairs" afin d'échanger sur des problématiques communes. Par exemple, réseautez au sein d'associations de mompreneurs (https://www.reseau-mampreneures.org) et/ou de structures regroupant des femmes entrepreneures.

Commencer par un réseau de mompreneurs est rassurant, car on a besoin d'empathie au début. Savoir que l'on n'est pas la seule à rencontrer tel type de problème est rassurant. Mais il ne faut pas se complaire dans cette situation sinon l'aspect « mom » risque de prendre le dessus sur le volet entrepreneur, recommande Viviane de Beaufort.

Dans une deuxième phase, le côté entrepreneur doit prendre le pas sur le versant "mom". Pour cela, cherchez-vous un mentor, installez-vous dans des espaces de coworking, réseautez dans des associations professionnelles, bref ne restez pas seules. Provoquez les rencontres entre pros. "Trouver un équilibre entre 'mom' et 'entrepreneur', ne s'improvise pas, conclut-elle.

Préparer la suite

Il est aussi intéressant de se poser la question sur le devenir de ces sociétés, insiste Stéphanie Benlemselmi. En effet, nous arrivons au tournant du momprenariat, sachant que les entreprises créées en 2007-2008 voient maintenant leurs enfants scolarisés, l’essence même de la mompreneur n’est plus .

Que sont devenues ces petites entreprises ? Ont-elles périclité ? Ont-elles pérennisé leur activité ? Stéphanie Benlemselmi a bien senti ce tournant, lorsqu’à la rentrée elle emmène son petit dernier à l’école.

Je suis rentrée au bureau, mais seule cette fois-ci, se souvient-elle. J’ai travaillé pendant 10 ans en compagnie de l’un de mes enfants ; le choc fut rude ! J’ai réalisé qu’il s’agissait aussi de ma propre rentrée en tant que cheffe d’entreprise. Mais fort heureusement, j’avais anticipé et préparé cette évolution depuis 4 ans, afin de rendre mon entreprise autonome .

Son pari est maintenant réussi grâce à une entreprise pérenne, qui travaille avec une clientèle européenne (sur tout le territoire français mais également luxembourgeois) et plurilingue (français, allemand, luxembourgeois).

(1)Première auteure française du phénomène mompreneur avec Mompreneurs : guide pratique pour les femmes et mamans qui veulent se mettre à leur compte (Éditions du Puits Fleuri, 2010) et plus récemment Vivre ma vie de Mompreneur, les tribulations d’une maman à plein temps et qui a créé sa boîte ! (Éditions Kawa, nov. 2017).